‘‘Collectif Touche Pas A Ma Foret’’ (CTF)
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Rapport des concertations entre le gouvernement, à travers le ministère de l’environnement, des eaux et forêts et le Collectif Touche Pas A Ma Forêt

  • Vendredi 30 Mars 2018

Le collectif a été reçu par la ministre de l’environnement (Mme Assiatou Baldé) ainsi que tous les responsables de son département.

Pour rappel, dans sa stratégie en vue de l’aboutissement de son combat, le collectif a envoyé de courriers à plusieurs institutions nationales et internationales afin d’attirer leur attention le projet d’exploitation des forêts classées de Ziama et Diecké.

A l’instar des institutions nationales qu’il a contactées, le collectif a adressé une correspondance au ministère de l’environnement afin d’obtenir une audience, en vain.

Le collectif a déploré que cette rencontre (du 30 Mars) intervienne deux (02) mois après qu’il ait déposé son courrier. Et plus grave, madame le chef de département de l’environnement, après nous avoir dit que le courrier n’avait pas été retrouvé au secrétariat (alors que nous avions la décharge), a ajouté que c’est le président de la République qui l’aurait interpelé par rapport à notre lutte.
Au cours de la rencontre, le collectif, par la voix de son coordonnateur a rappelé la genèse de sa création et a, point par point, expliqué le contenu du mémorandum adressé au département de l’environnement, ainsi que tous les textes liés à cette convention. Le collectif a également fait des recommandations, notamment la nécessité de protéger toutes les forêts nationales qui font face, aujourd’hui, a une forte menace du fait non seulement des populations paysannes riveraines, mais aussi du fait des exploitants clandestins et illégaux.

Par ailleurs le collectif a rendu compte de toutes les campagnes et missions de sensibilisation qu’elle a menées auprès des populations locales, à l’intérieur du pays, notamment à Macenta, Sérédou, N’Zérékoré ainsi qu’à Lola.

Enfin, le collectif a rappelé l’objectif principal qui a conduit à sa création : la résiliation de la convention entre l’Etat guinéen et la société COUJI CORPORATION visant l’exploitation des forêts de Ziama et Diecké. Il a exhorté le département de l’environnement à se joindre à lui pour intercéder auprès du chef de l’Etat, afin d’obtenir satisfaction.

En réponse, tour à tour, les responsables présents ont apprécié le caractère noble du combat que le collectif est en train de mener et ont donné quelques détails sur le rôle que leurs différents services jouent dans le cadre de la protection de l’environnement en général, mais surtout dans celui de la préservation des massifs forestiers en particulier.

Prenant la parole, Madame le ministre a déploré le retard accusé par son département. Elle a loué les démarches et les efforts consentis par le collectif, ainsi que le caractère pacifique  de son combat. Elle a rassuré que le combat que menait le collectif était aussi celui de son département, à savoir la préservation et la protection des forêts guinéennes. Cependant malgré toute cette volonté, elle a dit que son département était conscient que les forêts guinéennes sont en péril. Elle a souligné que le département manquait énormément de moyens pour assurer cette protection. Elle a reconnu que si rien n’est fait, conjointement par l’Etat et les populations, nos forêts risquent de disparaitre dans les prochaines décennies.

Enfin, elle a montré tout l’engagement de son département à œuvrer pour que nos recommandations soient satisfaites. C’est dans ce cadre qu’elle a annoncé la création d’un cadre de concertation entre le ministère et le collectif pour discuter techniquement des recommandations. Ce qui fut fait. La direction nationale des eaux et forêts fût choisie pour abriter les réunions.

  • Jeudi 3 Mai 2018: Première rencontre cadre de concertation Ministère environnement (Direction nationale des eaux et forêts) / Collectif touche pas à ma forêt.

Le jeudi 3 Mai, démarra effectivement le dialogue entre les deux commissions techniques à la direction nationale des eaux et forêts, sous la présidence de M. Apollinaire Togba KOLIE, Directeur National Adjoint des Eaux et Forêts.

Etaient présents, coté ministère :

  1. Apollinaire Togba KOLIE DNA EF ; Le président du cadre de concertation,
  2. Cdt Ibrahima BANGOURA, Chef de  Division Economie et Législation Forestière/DNEF
  3. Ibrahima Sory Touré, Chef de Division Législation à l’Office Guinéen du Bois

Du côté du collectif :

  • Hector Kotou GUILAVOGUI, coordonnateur du collectif
  • Michel Martine CAMARA, secrétaire du collectif
  • Abdoulaye FOFANA, commission affaires extérieures et administratives
  • Mamady ONIVOGUI, commission communication
  • Robert Kaliva GUILAVOGUI, commission organisation/mobilisation

Après le tour de table, pour aborder la question, le Président de séance  a présenté l’objet de la réunion. Il a en substance dit que la réunion portait sur l’adoption d’une feuille de route qui va régir les différentes séances de concertation entre les deux parties. Il a ajouté que si les urgences existent, elles seront discutées en divers.

A la suite de cette mise au point, le Collectif a fustigé le manque de sérieux dans la prise en compte de leur inquiétude. Car rappelons qu’à la suite du premier échange avec la ministre de l’environnement, le collectif avait été surpris du fait que le mémorandum qu’il avait adressé au département ne fût pas retrouvé. En offrant pour la deuxième fois une autre copie du mémorandum ce jour, le coordonnateur avait insisté sur le fait que les cadres devraient prendre connaissance du contenu, avant l’ouverture des séances de dialogue, afin de faciliter les échanges. Ce qui, apparemment, ne fut pas fait. A noter que la recommandation principale du collectif reste la résiliation par l’Etat de la Convention entre Coujy Corporation portant sur l’exploitation des forêts de Ziama et Diecké.  A côté de celle-ci, le collectif a pointé du doigt l’anarchie qui règne dans la délivrance des permis de coupe des bois. Car à ce jour, il n’y a aucune statistique viable quant au nombre d’exploitants dans les forêts guinéennes. Au cours de nos missions à l’intérieur du pays, le collectif a constaté que des cadres du ministère et  d’autres services déconcentrés ont dans ces forêts des tronçonneuses qui coupent du bois pour leur compte. Le collectif a aussi déploré le non-respect, par les sociétés légalement établies, des cahiers de charge. Les forêts sont certes des ressources qu’il faut exploiter. Mais lorsque cette exploitation n’est pas suivie de mesures de restauration, notamment de reboisement, elle constitue une destruction de notre environnement.

En réponse, Monsieur Apollinaire Togba KOLIE, a informé l’assistance des dispositions qui ont été prises par le département, en témoigne la mise en place de cette commission technique, les réunions tenues au sein des directions techniques autour du sujet. Il a assuré que l’inquiétude exprimée par le Collectif se recoupe parfaitement avec la mission régalienne de l’Administration forestière, et que ce problème ne serait pris à la légère.

Après divers échanges, la feuille de route pour les prochaines rencontres fut adoptée.

  • Réponse aux recommandations du Collectif « touche pas à ma forêt » ;
  • Explication de certains textes réglementaires et documents techniques liés aux deux forêts ;
  • Explication du contenu des rapports de quelques missions nationales et internationales (Commission de suivi de mise en œuvre de la Convention Coujy Corporation, UNESCO)  effectuées dans les deux forêts ;
  • Explication du rapport Biophore et des détails sur la Convention Coujy Corporation.

Au terme de fructueux débats les deux parties ont convenu de se rencontrer chaque fois qu’il est nécessaire en vue d’une meilleure compréhension.
La prochaine rencontre fut programmée pour le jeudi 10 Mai 2018, à partir de 9H 00.

  • Jeudi 10 Mai 2018 : Seconde rencontre de concertation inter-commissions techniques

Comme décliné lors de la première rencontre, les points à l’ordre du jour furent abordés chronologiquement.

Réponse du ministère aux recommandations du collectif, notamment la principale : la résiliation de la convention.

D’entrée, le directeur général adjoint des eaux et forêts a dit que leur direction n’a pas été associée à l’élaboration de cette convention. Le centre forestier de N’zérékoré étant le principal gestionnaire de ces massifs forestiers.

Les membres de la commission ont à tour de rôle expliqué le contexte dans lequel cette convention avait été signée en 2002, et même adoptée à l’assemblée nationale (2005). Ils ont ajouté qu’il n’a même pas fait l’objet d’appel d’offre conformément aux normes en vigueur.

Ils ont rappelé que les deux forêts, à ce jour, doivent faire l’objet d’un  plan d’aménagement avant tout projet d’exploitation. Le premier plan d’aménagement, vieux de plus de dix ans ne pourrait permettre de distinguer les trois zones constitutives des réserves de biosphère que sont : l’aire centrale, la zone tampon, l’aire de transition.

Ils ont souligné que quoique les conditions techniques ne soient réunies pour une exploitation de ces forêts, ils n’étaient pas en mesure de donner un avis par rapport à une quelconque résiliation de la convention. Leur mission par rapport à cette convention se limite, disent-ils, à ce qu’ils se rassurent que les standards internationaux soient bien respectés avant toute exploitation, conformément aux instructions du chef de l’Etat (voir lettre 132/2015/PRG/SGG) et des textes en vigueur. Ils ont, par ailleurs, expliqué le bien-fondé de cette exploitation, qui selon eux, permettrait d’améliorer les conditions de vie des populations guinéennes.

Ils ont reconnu qu’à ce jour l’administration forestière ne dispose d’aucun mécanisme technique concret pour contrôler ce qui se passe à l’intérieur de ces forêts. Ils ont avoué qu’ils ne sont pas dotés de ressources nécessaires pour assurer la protection des forêts.

Enfin, les cadres du département ont fourni assez d’explications sur les textes en vigueur, ainsi que des rapports des missions d’évaluation auxquelles ils ont été associés en vue de l’exécution de cette convention. Pour finir, malgré tous ces manquements, ils se sont dits favorables au projet d’exploitation, dans le respect des normes internationales, par la société forêt forte qu’ils jugent respectueuse des cahiers de charges, et dans l’intérêt des populations guinéennes

Le collectif, s’inscrivant dans le cadre des interventions des différents cadres du ministère a déploré le fait que la convention d’exploitation fut signée en violation des procédures qui régissent les contrats publics en Guinée. Il a regretté le fait que les cadres de la direction nationale des eaux et forêts, qui sont des techniciens, ne soient pas consultés avant l’élaboration de cette convention. Il a aussi fustigé la procédure par laquelle l’assemblée nationale a adopté cette convention, malgré l’opposition farouche de la majorité des députés d’alors. Ces vices et manquements graves ne suffisent-ils pas pour résilier la convention ?

Le collectif s’indigne de la passivité dont fait preuve l’administration forestière qui reconnait :

  • n’avoir aucune mainmise sur les forêts classées en Guinée ;
  • n’avoir aucune statistique viable quant au nombre de permis d’exploitation dans les forêts ;
  • que les forets n’ont aucun plan d’aménagement à ce jour ;
  • qu’elle ne dispose pas de moyens pour assurer la protection de ces forêts ;
  • que les forêts sont en péril et que si rien n’est fait par l’Etat, elles disparaitront dans sous peu ;
  • qu’aucun plan de reboisement n’a été respecté à ce jour par les titulaires de permis d’exploitation ;
  • ne disposer d’aucune statistique quant au nombre et au types d’espèces animales vivant dans ces forêts…

Par ailleurs, il faut rappeler que la forêt de Ziama classée par l’UNESCO comme réserve de biosphère universelle risque fortement d’être déclassée au regard des fortes atteintes dont elle a fait l’objet ces dernières années (source Unesco Guinée).
L’administration forestière se contredit en affirmant reconnaitre la noblesse de la cause défendue par le collectif, mais se dit incapable de donner un avis favorable  quant à la résiliation de la convention.

  •  Résolution

Tirant les leçons du contenu des différents échanges, qui furent malgré tout très courtois, le collectif a jugé nécessaire de se retirer du dialogue et de voir au plus haut niveau, dans la mesure où le ministère se dit incompétent de donner un quelconque avis quant à la résiliation de la convention.

Conséquemment, le collectif a décidé de réactiver son chronogramme de manifestations, qu’il avait délibérément suspendu pour donner une chance au dialogue avec le gouvernement. Les manifestations contre la convention se tiendront sur toute l’étendue du territoire national, ainsi que dans plusieurs autres pays devant les représentations guinéennes.

Au-delà des manifestations, le collectif compte poursuivre l’Etat guinéen devant les instances internationales pour non-respect de ses engagements en matière de protection des forêts ainsi que des espèces y vivant.

Parallèlement, le collectif se dit ouvert à toute volonté de dialogue uniquement avec la présidence de la République, qui au regard des faits, demeure la seule institution compétente pour résilier la convention d’exploitation.

Conakry, le 06 Juin 2018

Le collectif touche pas à ma forêt.

Le Coordonnateur

 Hector Kotou GUILAVOGUI

Categories: NEWS

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